Portrait Catherine VautrinHDCATHERINE VAUTRIN, Présidente Directrice Générale de Paule Ka

Collectionne ses coups de cœur, minimalistes ou figuratifs, d’œuvres de jeunes artistes.

Pourquoi collectionner & comment l’art nourrit votre vie professionnelle ?

« J’ai commencé à collectionner avec mon deuxième mari, qui est architecte designer à Milan. Il m’a fait entrer dans ce circuit il y a quinze ans. Nous n’avons pas les mêmes goûts – il est plus radical. Moi, je mélange mes coups de cœur. J’ai besoin d’une première émotion et d’une compréhension de l’œuvre pour sauter le pas. J’apprécie aussi de connaître les artistes et leur univers, leur force et leurs obsessions, ce qui est plus facile quand on s’intéresse à de jeunes artistes. Leur travail m’interroge sur la permanence des choses et leur fragilité. J’aime m’y mesurer, cela me stimule. C’est compliqué de rester dans son temps sans regarder la façon dont les artistes l’interrogent, avec leur synthèse conceptuelle, un mystère et une émotion extraordinaire – comme les grands poètes vous soulèvent des mondes. J’y trouve des résonnances avec mon métier, qui nécessite également une ouverture d’esprit, d’apprendre à se tromper comme de prendre des risques. Et finalement, ce mélange d’analyses, de coups de cœur et de risque est la base de mon parcours professionnel. »

Œuvre choisie : « Fugue – Les Claviers » (2014) de Cécile Le Talec. « Cette vidéo évoque la plasticité du langage, de la musique et du son alors même qu’elle est muette. J’aime son incroyable élégance, très surprenante, sa poésie folle. Son esthétique graphique très contrôlée. On projette son mental sur deux mains peintes en blanc qui jouent une fugue sur le piano. Cela ressemble presqu’à un photogramme. » 

Premier choc artistique : « Un très joli petit tableau XVIIIè de mon arrière-arrière-arrière-grand- mère, accroché au-dessus de mon lit chez ma grand-mère. Cette femme était énigmatique et dégageait une certaine douceur dans la perfection des paysages virtuels de cette époque. » 

Première œuvre achetée : « Untitled » de Zan Jbai. « Un tableau blanc, qui m’a happé à l’Armory show de New York, chez Kamel Mennour que je ne connaissais pas. Il m’a raconté la vie de ce jeune Chinois de 26 ans, qui avait quitté son pays pour arriver aux Etats-Unis et qui dessinait les visages de sa famille qu’il n’avait pas revue depuis. Selon l’angle depuis lequel on regarde le tableau, on distingue dans tout ce blanc un visage d’enfant. Cette problématique de l’identité, du souvenir me bouleverse. » 

Dernière œuvre achetée : « Girl » de Raphaël Tachdjian. « Un dessin à l’encre d’un artiste de 28 ans qui travaille sur l’enfance, la solitude, la perversité, l’autonomie. Avec une maîtrise et un univers très forts. Il est dans le salon de mon pied à terre parisien. »

Interview par Valéry De Buchet