Portrait FannyPicard HDFANNY PICARD, Présidente d’Alter Equity.

 

Collectionne les photos contemporaines. Porte un regard esthétique exigeant et personnel.

Pourquoi collectionner & comment l’art nourrit votre vie professionnelle ?

« Pour moi qui passe mes journées à réfléchir, c’est un domaine où je me laisse guider par mon intuition, mes émotions, dans une démarche non contrôlée. Les artistes expriment leurs émotions alors que dans nos métiers, nous les bridons. Entrer dans leur travail me conduit à m’interroger, aux confins même de mes questionnements sur l’identité, l’engagement, les valeurs, la politique, les jeux sociaux, comportementaux… Je ressens une aspiration dans l’univers de l’artiste qui me conduit à me dépasser. Cela m’aide dans une sorte d’écho. Ainsi, face à mon bureau professionnel, j’ai installé une photo de Massimo Vitali. On y voit une pelouse dans une grande ville. Comme une plage urbaine – je vois aussi la mer dans l’herbe. La plénitude de la nature, la tranquillité et l’absolu de l’océan. C’est une image très stimulante et en même temps très reposante. Elle m’aide à me transcender dans mon métier. »

 Œuvre choisie : « Face to face with God », de Shirin Neshat.

« C’est une photo qui dérange, une œuvre très forte, de la série « Women of Allah » (1995), que j’ai trouvée par hasard dans une vente de mobilier XVIIIè chez Christie’s.  L’image m’interpelle beaucoup. On ne sait pas si cette femme est une combattante ou non. Pourquoi a-t-elle une arme auprès d’elle ? Cela me renvoie à la violence infligée à l’autre ou subie. Et puis, cette photo a curieusement agi sur moi comme un révélateur. Très jeune, j’ai été confrontée à la mort, c’est un sujet qui a traversé ma construction personnelle et que je croyais avoir domestiqué. Or, cette photo m’a déstabilisée et permis de réaliser mon refus de la mort aujourd’hui. Et rappelé la nécessité de donner du sens à ma vie. Cette femme est splendide, elle rayonne dans un contraste dérangeant. Ma réflexion est passée par l’émotion que me procure cette œuvre. Elle est désormais face à moi, dans mon bureau chez moi. »

 Premier choc artistique : « Paris, Montparnasse », une photographie d’Andreas Gursky.

« La photo s’est vendue très cher chez Christie’s, ce qui à l’époque a clôturé le débat portant sur la photo comme œuvre d’art ou non. On y voit aussi un immeuble à Montparnasse, que mon grand-père a participé à construire et où j’ai vécu. Plus tard, j’en ai acheté un multiple. »

Première œuvre achetée : « Un tirage unique de Nan Goldin, des années 1990, magnifique. Je suis intéressée par son regard sur le groupe ; comment le groupe crée une force par l’affection qu’il donne. On y voyait un transsexuel qui se maquille. J’en parle au passé car je ne l’ai plus. »

 Dernière œuvre achetée : « Une photo multiple de Boltanski. Des polaroïds pris dans un parc, avec des enfants qui jouent. Des photos émouvantes, gaies. Son travail sur la mémoire me touche beaucoup, et là il est centré sur le début de la vie. J’ai également été sensible à la discrétion de l’œuvre, présentée de manière simple, un peu comme si on l’avait fabriqué soi-même avec ses photos de famille. »

 Interview par Valéry De Buchet