Fatine Layt, presidente et associee de la banque d'affaires Oddo Corporate FinanceFATINE LAYT, Directrice Générale d’ACG


Collectionne au coup de cœur, les œuvres et objets qui l’inspirent – beaucoup d’entre eux réfléchissent au sens propre. De l’Arte povera à la photographie en passant par les masques africains. Un kaléidoscope de matières brutes. Soutient également la jeune scène contemporaine marocaine.

 Pourquoi collectionner & comment l’art nourrit votre vie professionnelle ?

« Enfant, j’ai passé beaucoup de temps avec mes grands-parents. Mon grand-père, latiniste et helléniste, était aveugle mais savait tout sur tout. Ma grand-mère accumulait les reproductions de tableaux fétiches, comme la Chute d’Icare, de Brueghel. Grâce à eux, j’ai vite compris que l’art relevait à la fois de la symbolique et de la signification, que derrière l’émotion il y avait toujours du sens. Et qu’il fallait décrypter les œuvres pour les comprendre. Il y a vingt ans, la culture était l’étalon social et non l’argent comme aujourd’hui ; je reste dans cette équation. Je collectionne par affinités, par le biais de rencontres qui m’ouvrent des univers. C’est finalement le seul domaine où je me laisse guider uniquement par l’émotionnel, à l’inverse de ma vie professionnelle, régie par le rationnel et la logique. Je n’ai aucune intention spéculative. L’assemblage de mes objets ne constitue pas vraiment une collection, mais c’est la mienne, mon univers poétique. Comme une bulle protectrice, un mélange de transparence, de légèreté qui me suspend dans l’air. »

Œuvre choisie : « Les naufrageurs » (2005), de Virginie Barré.

« C’est une petite fille qui joue avec le monde; elle me rappelle celle que je suis toujours. Une petite fille curieuse, enthousiaste mai avec des responsabilités. Je l’ai achetée il y a plus de vingt ans à la galerie Loevenbruck qui devait alors démarrer. Cette petite fille n’a pas de visage, j’y retrouve mon sujet d’identité tiraillée entre la France et le Maroc. »

 Premier choc artistique : « La chute d’Icare », de Pieter Brueghel l’Ancien.

« Sa reproduction chez mes grands-parents m’a profondément imprégnée, dès l’âge de cinq ans. A trop s’approcher du soleil, on se brûle, c’est à la fois la signification de ce mythe et le résumé de ma culture jésuite et catholique. Je dois aussi ajouter les innombrables cartes postales représentants les couchers de soleil de Turner dont ma grand-mère avait tapissée ma chambre d’enfant. »

Première œuvre achetée : « Les naufrageurs » (2005), de Virginie Barré.

« Aujourd’hui, elle est un peu cachée sous une table chez moi. J’ai essayé différentes propositions – placée face à un angle par exemple -, mais elle perturbait les gens. En revanche, je m’y reconnais toujours. »

 Dernière œuvre achetée : « Une vierge en cire argentée, achetée à la fête de l’école de ma fille. On peut la trouver sur le site Catho Retro. Elle est sur la cheminée de mon salon parisien. »

Interview par Valéry De Buchet