Floriane de Saint PierreFLORIANE DE SAINT PIERRE, Présidente de Floriane de Saint Pierre & Associés


Collectionne depuis longtemps, sa collection d’art contemporain est désormais consacrée aux artistes femmes, à travers quatre axes principaux : la photo expérimentale, le pop, le féminisme et l’art conceptuel.

Pourquoi collectionner & comment l’art nourrit votre vie professionnelle ?

« L’art, c’est ma gymnastique ! J’y consacre une heure tous les jours, le soir tard. Notamment pour ma collection, mais aussi pour développer le corpus de documentation Aware*. Les écrits des femmes artistes, Louise Bourgeois en est un exemple, me passionnent également. L’art permet de mieux comprendre l’évolution de la société, alors, oui, s’immerger dans le travail des artistes est nécessaire pour deux raisons : par empathie avec mon époque et pour me nourrir des éclaireurs que sont les artistes. Ils m’aident à voir devant, ce qui m’est très utile personnellement et professionnellement».

*Présidente du Comité des Amis de Aware, Archives of Women Artists, Research and Exhibition, Association Loi 1901 destinée à faire connaître les artistes femmes, réputées comme oubliées 

Œuvre choisie : “Good Enough to Eat n°2” et “Good Enough to Eat n°4” (1971) de Margaret Harrison. ” C’est important pour moi d’avoir cette artiste dans ma collection. Ces deux œuvres, partie d’une série de quatre dont la n°1 a disparu et la n°3 est exposée en Novembre au Jewish Museum de New York dans le cadre de l’exposition « Unorthodox », m’ont interpellée tant pour leur force visuelle que comme « wake up call » sur la place, encore à l’époque, de la femme dans la société. »

Premier choc artistique : « La cuisine communautaire d’Ilya Kabakov, attachée au plafond ! Un éclairage sur le totalitarisme, sa puissance d’avilissement et la preuve aussi qu’un artiste arrive à soutenir son intellect par son œuvre. C’était à Beaumanoir, une propriété familiale en Bretagne, où pendant les étés de mon enfance, ma mère organisait des expositions d’art contemporain. Avec son œil percutant, elle exposait l’avant-garde. Récemment, elle m’a montré ses archives et comment en 1994, elle avait monté une exposition dédiée aux femmes artistes ! »

Première œuvre achetée : « Un autoportrait de Martin Kippenberger, acheté quand j’avais 21 ans. Très radical. Je l’ai toujours. »

Dernière oeuvre achetée : « « New York », une photographie d’Eva Fuka.

« Eva est une artiste tchèque émigrée aux Etats-Unis. Sa photo montre une façade d’immeuble la nuit, avec des portraits de femmes superposés. Elle exprime la force et les vibrations de la ville, la place des femmes dans la cité. Plus je la regarde, plus elle m’interroge. J’aime les lectures multiples des œuvres, passer du temps à essayer de les comprendre. »

Interview par Valéry De Buchet