Portrait Natalie RastoinHDNATALIE RASTOIN, Directrice Générale d’Ogilvy France


Collectionne régulièrement depuis plus de vingt ans, d’abord autour des vanités contemporaines, maintenant autour du land art.

Pourquoi collectionner & comment l’art nourrit votre vie professionnelle ?

« J’achète peu – deux, trois œuvres par an -, mais régulièrement. Je me suis donnée un budget, qui varie avec des hauts ou des bas selon mes envies. Je n’ai revendu que deux œuvres depuis le début. En tant que publicitaire, je baigne dans la fabrique des images ; résultat, je n’achète que des choses que je ne ferais pas, jamais celles que je trouve « habiles ». Au-delà du choc émotionnel, j’ai besoin d’une énorme surprise, d’une altérité. Je préfère les œuvres moins séduisantes, plus dures, plus radicales. Je tourne autour de deux thèmes, le plus actif aujourd’hui étant le land art avec l’intervention de l’homme sur la nature. Les créateurs ont la capacité de lire la part invisible de nos inquiétudes, de nos futurs et de nous envoyer des signaux. Un publicitaire doit être dans le monde, ni en avance, ni en retard. L’art donne un peu d’avance et permet de conserver une saine inquiétude. »

Œuvre choisie : Quatre photos de la série Londonderry, de Gilles Caron.

« Je les ai assemblées en quadriptyque – je refais ainsi l’histoire de mon œil. La banalisation des images actuelles ne nous empêchent pas de voir, sur des images anciennes (août 1969), la puissance d’un traitement. Nous avons encore besoin de photo-reporter comme Caron. »

 Premier choc artistique : « Les vieilles » de Goya.

« Petite, ce tableau m’a fasciné. J’ai même acheté un dessin d’un artiste qui avait reproduit la vieille blonde. Elles sont méchantes, laides et racontent la peur de vieillir et la mort. Il se dégage de ce tableau un sentiment angoissant mélangé à une immense beauté. »

Première œuvre achetée : « Une photo d’Andy Goldsworthy. Des feuilles d’érable dessinent un escargot sur un rocher qui est dans une cascade. C’est d’une extrême poésie, un petit moment d’éternité. Cela nous oblige à revoir la nature. »

 Dernière œuvre achetée : Une série de photos de « Londonderry » Gilles Caron.

« Le symbole d’une jeunesse révoltée. Comme souvent dans les photos de Gilles Caron, l’énergie de la photo échappe à ce qu’il décrit. Ses photographies témoignent d’un évènement tout en étant archétypales. Leur force traduit mon envie d’impact. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que j’aime les grandes photos. »

Interview par Valéry De Buchet